Daniel CHANSON Artiste plasticien
L’Eros magique des confins
Intemporelles, séduisantes, vénéneuses et somptueuses, les charnelles sculptures de Daniel Chanson sacrent une féminité souveraine, lointaine et magicienne.
Le Symbolisme absorbe, déforme et dilue tous les composants traditionnels de l’image artistique. Si l’art symboliste le plus décalé, le plus latent et le plus enfoui s’incarne dans les créations de Daniel Chanson, la splendeur classique n’est jamais éloignée. A l’ancienne, ses très imposantes sculptures sont peintes, et sa fine chromatique distille un surgissement élégant, sobre et raffiné. Un rien pervers, comme un poison d’amour dévastant les surfaces…
Porté naguère par la littérature et l’art des Préraphaélites, puis par le Surréalisme poétique et pictural de Breton et de Max Ernst, Daniel Chanson fut et reste encore un graveur accompli. La vie est grave, il faut graver… “La gravure est une expérience intérieure liée à la découverte de soi. Le cuivre agit comme un miroir. Je pratique maintenant la sculpture, je fais de la gravure en trois dimensions“. D’où l’extrême précision des œuvres. D’où le savoir-faire respectueux du grand art. D’où l’impressionnante et magistrale méticulosité. Mais le tout s’efface devant la pure présence d’une beauté infranchissable, transcendante et spiritualisée.
Les féminités sculptées de Daniel Chanson sont tout autres que les femmes qui peuplent l’humanité vécue. Elles sont marquées d’altérité complexe et fusionnelle. Habillées, ou plutôt déshabillées d’étrangeté, elles mêlent en elles, dans leur certitude puissante et décalée, des séquences mythiques revisitées, des allures fantasmées d’images pieuses, et des icônes d’inquiétante féérie. Quelque règne interdit couve sous l’extrême séduction des apparences. En transparence ouverte et habitée. En matière travaillée de chair vive.
Daniel Chanson vagabonde dans les chemins du temps. Il dédaigne la modernité fabriquée, préférant les clartés de son ouverture mentale. Il a gardé mémoire des terres anciennes et des mythes rustiques. Il fouille l’Eros des confins, dans la somptueuse mise à nu des avatars millénaires du féminin. Insidieux et subtil comme un fabuleux talisman de chair, le sexe s’avance, à la fois discret, assumé et central. Nudité irradiante, exacerbée et délicate. La tête est surprésente, effilée et aiguë. Elle impressionne le corps tout entier de son éblouissante hétérogénéité. Venue des soubassements d’un imaginaire syncrétique et universel, elle s’empare de l’humaine condition.
Chez Daniel Chanson, le corps, toujours verticalisé, parfois enciellé, est un formidable piège à regards. Il est donc parfois subtilement phallique, à rebours du spectacle offert d’une fascinante évidence féminine. Il est à la fois un et multiple. Unifié dans sa forme globale, et saisissant d’impact précieux. Et multiple, dans les sources convoquées de tous les mondes minéraux, végétaux et animaux. Celles des algues qui caressent et qui étranglent, celles des racines humides qui naissent du dedans enfoui, et celles des êtres qui envoûtent les eaux dangereuses et secrètes. Dans l’obscure présence des origines.
Créatures magnifiées issues du féminin de l’eau et des profondeurs archaïques de toutes les cultures du monde. Elles fendent l’étendue. Elles s’avancent. Elles dominent. Elles sont en arrêt…
Daniel Chanson, artiste chamanique, est l’héritier contemporain d’un héritage magique, pluriel et prodigieux.
Christian Noorbergen Critique d’Art
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